Cette page est consacrée aux photos personnelles et (un peu) à mon parcours. Ces quelques photos souvenir sont sans grand intérêt pour les étrangers à la famille, mais elles donnent un aperçu de ce que nous étions à l'internat.

Les quelques personnes, en dehors de la famille, à qui j'ai pu confié l'histoire du début de ma vie ont eu du mal à accepter ou à comprendre le fait qu'un enfant de 6 ans puisse être mis, en internat, dans une école militaire. Les vacances, à l'époque, se résumaient à 15 jours à Noël, 15 jours à Pâques, et 2 mois 1/2 de vacances d'été.

 

Alors, comment je me suis retrouvé à Hériot ?

 

    J'y suis entré alors que j'avais 6 ans, mon père a été tué au cours d'un exercice de tir à l'armée. J'ai 3 autres frères et soeur. Ma mère, issue d'une famille à la ferme, ne pouvait pas, seule, s'occuper de 4 enfants de 3, 6 et 9 ans (les 2 derniers sont des jumeaux), l'armée lui a proposé de nous faire, mon frère aîné et moi, entrer à l'Ecole Militaire Enfantine Hériot à La Boissière Ecole (78).

Piètre consolation qui ne fera pas revenir un père mort "pour rien" et sans gloire, et qui m'éloigne pour 13 ans de ma mère et de mes frères et soeur.

 

    C'est ainsi qu'en 1959, à l'âge de 6 ans, je rentre à l'internat, autrefois appelé "Orphelinat Hériot", à 600 km de ma famille.

 

        Bien que je retire maintenant une certaine fierté d'être passé dans ces écoles, et d'en être ressorti avec une force de caractère que je n'aurais pas pu me forger ailleurs, il faut bien admettre que la vie passée à cette époque a été assez dure. 

 

        En hiver, j'ai toujours honte pour ces soi-disant 'éducateurs' qui refusaient de nous laisser entrer dans les couloirs chauffés alors que nous étions dehors dans le froid, en short, dont l'ourlet à mi-cuisses, nous occasionnait de douloureuses gerçures. La cour, le soir, était éclairée par un énorme (à mes yeux) projecteur dans la lumière duquel volaient les flocons de neige. Nous devions attendre dans le noir et le froid que l'heure de se coucher arrive enfin pour nous permettre de rentrer dans les dortoirs et nous blottir dans le creux de nos draps.

Le seul soin, obligatoire, contre les effets du froid était l'absorption d'une pilule d'huile de foie de morue. Nous faisions la queue, dehors, sous une fenêtre, et l'on nous donnait celle pilule que l'on avait obligation d'avaler sur le champ. Tous les jeux à courir, à bousculades nous permettaient de nous réchauffer un peu.

Certains, dont les parents étaient un peu plus aisés avaient des "passe-montagne". D'autres, beaucoup plus rares, possédaient des gants de laine. La plupart, n'avaient rien d'autres que les chaussettes "mi-bas", le short, la veste (vareuse), et le béret fournis pas l'école. Combien d'onglets, de gerçures aux cuisses et aux mains ont fait pleurer ces bouts de choux de 6 à 11 ans ?

 

        Je me souviens de cette eau glacée qui coulait  des robinets, avec laquelle nous devions faire, seuls, notre toilette. A peine réveillés, nous devions descendre aux lavabos. Il y faisait froid en hiver. On se lavait rapidement le bout du nez en mettant le moins possible de savon pour éviter de trop se rincer. Déjà qu'à 6 ans, la propreté n'est pas la priorité d'un enfant ...

 

        Cette toilette était systématiquement suivie d'une inspection des mains, des ongles et des oreilles. J'admets maintenant bien volontiers que ces mauvais souvenirs ont été imprimés dans ma mémoire par des éducateurs qui passeraient maintenant pour des sadiques.

 

        J'ai encore en mémoire, dans les petites classes la 'revue du soir', juste avant de se coucher. Nous étions alors affublés d'une chemise de nuit ! Il fallait se mettre debout au pied du lit et lever cette chemise de nuit pour vérifier que nous ne gardions pas de slip pour la nuit. J'ai encore dans les yeux ce dortoir de 30 gamins de 6 à 7 ans, tous debout à l'extrémité du lit, nus du nombril aux pieds. Certes, tous les "éducateurs" ne l'ont pas fait, mais ...

 

    Souvent le soir, lorsque la lumière a été éteinte et que la plupart d'entre nous s'est endormi, j'ai entendu des sanglot étouffés dans les draps pour ne pas être entendus des copains. Combien d'enfants n'ont pas résisté à cette solitude  et ont été "renvoyés", rendus à leur famille ?

 

    J'ai malgré tout une pensée émue pour soeur Louise qui s'est beaucoup occupé de nous avec une douceur que les autres religieuses n'avaient pas. Elle nous appelait dans la journée, assise sur le petit muret attenant au bâtiment principal et nous coupait consciencieusement les ongles. C'est elle qui, dans les premières classes nous écrivait, chaque semaine, un modèle de lettre à écrire à notre famille. Toute la classe avait le même texte que nous recopiions de notre plus belle écriture...

 

        J'ai également un  bon souvenir des instituteurs et institutrices qui, dans les petites classes nous ont plutôt vus avec des yeux de parents. 

 

        J'ai un excellent souvenir de Cancale. Un mois de vacances au bord de la mer. C'était génial. Bien sûr, il y avait sieste obligatoire, mais peu importe. Nous arrivions, complètement fatigués d'un voyage en train, toute la nuit, couchés dans les filets à bagages, à 2 mètres du sol (pour les plus débrouillards). J'ai encore dans les yeux et la bouche à notre arrivée au petit matin dans le réfectoire, le souvenir de ce petit carré de beurre salé qui nous attendait dans des assiettes.

    Les lavabos, à l'extérieur, sous une  grande tente de l'armée a toujours été pour moi une bizarrerie qui faisait partie de ces vacances. Il fallait pomper pour avoir de l'eau !!! On allait jouer, malgré les interdictions, dans les deux blockhaus installés dans les rochers à proximité du Castel dont l'un d'eux possède toujours son canon de 50.

    Pour prendre une douche, nous nous déplacions en camion militaire, parfois débâché, pour aller jusqu'à  une caserne, à Dinard (à moins que ce ne soit Dinan! ). Les chauffeurs (des appelés) se débrouillaient pour faire exploser l'échappement dans les rues de la ville, à notre plus grande satisfaction. C'était une de nos grandes sorties de l'été où l'on avait un lien avec "la vie extérieure".

 

Puis il y a eu Le Mans.

    L'Ecole Militaire Préparatoire Technique du Mans a accueilli en 1965 les premiers élèves qui entraient en sixième avec un niveau, disons, correct. Les autres étaient plutôt envoyés à Aix en Provence pour les meilleurs, ou suivant leurs aptitudes, dans l'une des trois autres écoles.

    La vie à l'école a été celle de tout interne adolescent. L'amitié, ou la (très) bonne camaraderie, était indispensable pour conserver un certain équilibre. Pour ma part, je me suis réfugié dans le scoutisme. Une raison majeure : le scoutisme m'a permis de m'évader de l'école. Les sorties du week-end étaient attendues pour quitter les murs de l'école. Et puis, dans le scoutisme, il y a une éthique !

    Comme je l'ai déjà dit, ces 13 années, de 6 à 19 ans, passées dans les écoles militaires m'ont donné le caractère qu'il fallait pour affronter la vie. J'admets cependant, notamment au Mans, avoir eu un énorme avantage : grâce a mes précédentes années passées dans les écoles militaires, j'ai été considéré comme un ancien, un vrai, un de ceux  à qui on ne cherche pas des noises. J'ai toujours été "respecté", ce qui ne m'empêchait pas de participer à toutes les conneries qui pouvaient être faites... sauf les bizutages, que je n'ai jamais aimés.

    Je n'ai jamais retrouvé dans le civil une camaraderie comme dans cette école. Il est vrai que la promiscuité constante a nécessairement créé des liens.

    Par contre ma jeunesse m'a été volée. Il m'a été impossible de me faire des bons copains à la maison : sitôt qu'une relation commençait, il fallait reprendre le train pour rentrer à l'école (et cela, depuis l'âge de 6 ans). Puis chacun suivait son quotidien. Les vacances suivantes arrivant, il fallait se réintégrer à un groupe de copains qui avait évolué sans moi.

    Pire : même avec ma famille j'étais une sorte d'étranger. Je devais me réinsérer à chaque vacances dans ce groupe familial que je ne connaissais pour ainsi dire pas. Pas de complicité ou de jeux avec les frères et soeur.

    Que dire du manque de câlins maternels. A 6 ou 10 ans même un petit garçon en a encore besoin ! Quant à la présence d'un papa ? Ce mot, "papa" me fait encore drôle a prononcer : je n'ai jamais eu besoin de le faire. Je ne sais pas, comme d'autres, ce que c'est d'avoir un papa.

    Toutes les larmes d'enfants sont restées en moi : on ne pleure pas dans une école militaire. Bizarrement, aujourd'hui, elles auraient tendance à déborder.

    Plus tard, à l'adolescence, ça n'a pas été plus facile : "coupe de cheveux armée" à l'époque où la mode était aux cheveux sur les épaules ! Des copines ? j'étais chaque fois un étranger lorsque je rentrais à la maison ! Même la vie de famille n'a pas été celle qu'elle aurait du être : d'abord pas de père à la maison, ensuite, quelles relations créer avec des frères et soeurs que l'on ne voit que tous les deux mois et demi ? Les uns auprès de leur mère, les autres auprès de militaires.

    Je n'ai donc pas voulu faire mon engagement obligatoire de 5 ans (et plus si affinités). Après le bac, en 1972, j'ai pris le premier travail venu pour me permettre de rembourser mes années d'études à l'armée. L'armée n'a apparemment que la mémoire qu'elle veut garder. Toute ma vie, elle m'a privé d'un père et me vole ensuite mes premières années civiles en remboursant sept années d'études : il a fallu ramer pour s'en sortir ! Peu importe, je ne dois rien à personne. C'est seulement maintenant que je vais essayer d'avoir une vie qui ressemble à celle des autres ... mais ça, c'est une autre histoire !

    Il a fallu le cinquantenaire de l'EMPT en 1997 pour qu'un ancien copain de classe me retrouve. Je dois dire que ça fait chaud au coeur : 30 après !!! Merci encore Popaul. Retrouver des copains d'enfance avec qui on a eu tant de relations ... je le souhaite à tout le monde.

    C'est ainsi que m'a pris l'idée, puis l'envie de créer ce site. Je l'ai démarré sans rien connaître au Web, et c'est fin août 2001 qu'il a (enfin) pris naissance. Depuis, il a reçu plus de 11 000 visites, plus de 93 000 pages visitées (ou revisitées) (à mi-2005). Les pages du Mans sont visitées majoritairement (en nombres de pages accédées, et non pas en temps de visite) : 38%,  Hériot : 21%. Ce site a surtout permis, et c'était son principal but, que des contacts soient repris entre "anciens élèves", surtout les civils : les militaires ont un système de messagerie intranet qui permet de se retrouver assez facilement.

 

Merci de votre passage sur cette page. N'oubliez pas : un petit mot dans le livre d'or est un encouragement pour moi et vous permet aussi de participer à la vie du site.

 

Après avoir fouillé dans les vieilles photos, j'ai sélectionné les meilleures (malgré tout pas toutes géniales). Ceux qui ont vécu cette période retrouveront peut-être l'atmosphère de l'époque.

1958

Patrick, mon frère aîné

Patrick, mon frère aîné

Patrick, mon frère aîné

Patrick, mon frère aîné

 

1959

    c'est moi ...

Patrick

    ma mère, mon frère et moi

 

1960

    mon frère et moi

    moi, devant le château

    toujours moi

    toujours moi

    mon frère

    les 2 frères...

 

1962

62_communion_groupe.jpg (136938 octets) la photo de groupe des communiants de 1962

(clique dessus pour agrandir : il faut un certain temps)

 

    communion de mon frère, à sa droite : un copain

    toujours lui

    un copain, son nom Chevreuil (je crois)

    les mêmes avec mes jeunes frère et soeur

 

 

 

       

Ces 3 photos : en 1962 lors de la communion de Patrick (Cliques pour agrandir)

       

C'est moi en 1962 (extrait des photos ci dessus) (Cliques pour agrandir)

1963

   ma photo d'identité, à l'école

1965

65_communion_groupe.jpg (137941 octets)    la photo de groupe des communiants de 1965

(clique dessus pour agrandir : il faut un certain temps)

c'est ma communion, entouré de mes jeunes frère et soeur

avec ma mère

avec Christian, un éducateur (sympa celui là)

dans la cour

    toujours dans la cour

    La descente vers l'école depuis l'église

 

 

Ci dessous, d'autres photos de mai 1965 lors de ma communion.

( pas toutes intéressantes, mais on reconnaît les lieux, et certains s'y retrouveront  peut être ! )

       

 

 

 

    Ceux qui ont fait leur communion la même année que moi

 

1967

    c'est moi... j'étais au Mans

    toujours moi... il fallait poser pour la fierté de la famille

    mon frère... idem pour la pose. Il était à Aix en Provence

    mon frère et moi

 

 

Entracte, vous pouvez acheter des esquimaux en attendant la reprise de la séance...  :-))

 

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